Edge Of Tomorrow

edge_of_tomorrow

Alors, rien de plus difficile que de faire une fiche sur ce film sans dévoiler l’intrigue, et surtout sans avoir posté la suite de billets que je comptais faire sur le voyage du héros. Bon, restons joueurs, je vais bien trouver quelques points à vous indiquer du doigt, au cas où vous seriez tentés d’aller le voir. Mais pour ma part, ça va être GYSAKYAG (un charmant acronyme, que vous trouverez dans Les larmes d’Icare, de Michaël Crichton et que la décence m’interdit de traduire ici!)

Le héros de science-fiction

Et oui, Edge Of Tomorrow, c’est un film de science-fiction. Et oui, Tom Cruise est l’acteur principal, et le producteur. Voilà deux points qui ont surement déjà fait fuir une bonne partie des lecteurs… Alors, pour ceux qui restent, merci d’oublier ses frasques médiatiques. Après tout, il joue très bien, il n’en serait pas là où il est si ce n’était pas le cas, même s’il a la fâcheuse habitude de se cantonner aux rôles de héros. Et côté héros, on en retrouve encore un magnifique archétype ici. Le héros est presque systématiquement employé dans les films. Pourquoi? Parce que ça fait vendre, me direz-vous. Effectivement, ça fait vendre. Mais si ça fait vendre, ça veut dire que les gens en sont friands. Alors, pourquoi ça fait vendre? Tout simplement parce que le héros est une représentation symbolisée d’un problème auquel nous sommes tous confrontés tôt ou tard: notre capacité, ou incapacité, à changer.

Toujours est-il que notre héros se retrouve très rapidement dans la pire des situations imaginable : être envoyé au front lorsqu’on n’est pas vraiment un soldat. Il n’a aucune chance de survie, pensez-vous… et vous avez raison. C’est là où la science-fiction permet des manipulations habiles. Même mort, notre héros reste bien vivant. Et revit sans cesse la même journée. Je ne rentrerais pas dans les détails pour ne pas gâcher le spectacle à ceux qui iront le voir. Mais le scénario est suffisamment bien tourné pour que la chose reste plausible. Et n’allez pas me dire que parce que c’est de la science-fiction, on a le droit de faire n’importe quoi. Ce n’est pas vrai. Et ce n’est pas le cas ici.

Une répétition qui ne se répète pas : le jeu du contraste

Voilà donc notre héros condamné à revivre sans fin la même journée, jusqu’à ce qu’il meure. Ça se produit généralement très vite après avoir débarqué sur le front, et dans des conditions horribles. Ça aurait pu faire un bon film comique, à bien y réfléchir… (Le même principe a d’ailleurs déjà été exploité dans une comédie : Un Jour Sans Fin). Mais ça aurait pu aussi devenir terriblement lassant. Voir et revoir les mêmes scènes, entendre les mêmes dialogues, rien de plus usant pour le spectateur. L’esprit se lasse très vite, surtout si on a plus de deux ans. Alors nous voilà dans une situation de répétition permanente qu’il ne faut pas dévoiler à l’audience. Mais par laquelle le héros est obligé de passer. Délicat à gérer, non ? Effectivement. C’est pour cela que ce film est pertinent. Chaque passage de vie supplémentaire que le héros arrive à rajouter à sa courte existence peut-être montré, mais pas ce qui a précédé. Entre autre, la connaissance et l’entrainement qui lui ont permis de passer les obstacles qui lui ont couté la vie à la scène précédente. Mais le produit de cet entrainement, qui lui permet de passer les barrages la première fois, donne un rendu tout à fait admirable… Alors, comment faire ?

La réalisation s’en tire pas mal, en sachant présenter ponctuellement la maitrise du héros, et surtout en l’amenant suffisamment tôt pour que le contraste avec la première fois soit bien senti. On touche là un point essentiel dans une accroche de l’audience : la notion de contraste. Je reviendrais dessus à de nombreuses reprises. Le contraste est un des points clef d’un scénario réussi. C’est une notion tellement utilisée, tellement essentielle, qu’elle est devenue totalement indispensable. Et par là même, elle nous est tellement familière qu’on la consomme sans même s’en rendre compte. Mais son action sur l’esprit est loin d’être aussi anodine. Je reviendrais dessus.

Un changement d’objectif

Vu que le contraste est une condition sine qua non pour faire un film, celui-ci se doit de recéler également d’autres atouts. Ce n’est pas seulement un film de science-fiction, un film de guerre, un film sur un héros, mais c’est également une romance. Et là où ça devient étonnant, c’est lorsqu’on réalise que le héros a complètement changé d’objectif en cours de route. Le changement d’objectif est aussi un passage obligé dans l’évolution classique du héros. Mais il se produit généralement au moment où il arrive dans une impasse. Dans la plupart des cas, ça se situe au moment où il réalise que son prochain pas va lui être fatal, et qu’il n’a pas d’autre choix que de continuer à avancer. Mais ici, il meurt tout le temps ! Donc, pas de possibilité d’utiliser cette prise de conscience en un point précis. Premier problème.

Deuxième problème, le changement d’objectif est censé être un processus lent à se mettre en place. Une vraie prouesse à faire lorsque la majorité des scènes ne sont presque que de l’action pure, et que l’enjeu est ni plus ni moins la survie de l’humanité…. Une romance, comparée à la survie du  monde… Hem… Le pari était presque impossible à réaliser, à mon avis. La transition est d’ailleurs un peu maladroite, même si elle est parfaitement explicite sans aucun dialogue associé. Peut-être qu’elle aurait pu être montrée par des détails disséminés, mais elle aurait risqué à ce moment-là de ne pas être perceptible. Probablement que, face à un public orienté sur l’action, les producteurs ont un peu rechigné à utiliser de la subtilité. Ce qui est dommage, parce qu’on peut aimer les films d’actions, et aimer aussi repérer des petits détails qui ont leur importance….

Les limites de l’univers

Avec un scénario pareil, les possibilités de développement étaient immenses. Rien que le fait de devoir mourir et revivre sans cesse doit complètement changer le mode de fonctionnement du héros. Quand on n’a plus rien à perdre à mourir, on peut se permettre n’importe quoi… et la notion du risque change complètement. Cet aspect-là ne m’a pas semblé bien exploité. En même temps, c’était aussi un risque de faire complètement dévier le héros des identifications classiques du public, donc de risquer de perdre l’adhésion. Sans compter qu’il aurait fallu faire machine arrière au plus vite, car dans la thématique du héros, la mort n’est pas à prendre à la légère. Elle fait partie intégrante du processus de transformation, ce qui pose un problème de taille dans ce cas-ci. Problème habilement résolu au début de l’acte III. On a affaire à des professionnels, je tire mon chapeau.

En conclusion

C’est un film efficace, avec d’excellentes idées. Il est l’adaptation d’une nouvelle d’Hiroshi Sakurazaka, écrite en 2004 et adapté en manga, que vous pouvez trouver sous le nom de All You Need is Kill.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *