Pourquoi ne pas utiliser l’identification?

Nous avons vu dans un billet précédent (l’identification en question) que l’identification est un processus clef pour entrainer l’adhésion du lecteur à notre récit.

Bon, alors il suffit de faire évoluer notre personnage, le lecteur s’identifie, et voilà, c’est super, tout le monde achète nos livres et on devient tous riches et célèbres… Hem, vous m’en voudrez si je vous dit que ce n’est pas aussi simple? Probablement… Mais c’est la vérité.

D’abord, l’identification ne se produit pas systématiquement. C’est un processus qui doit passer par des étapes obligatoires, et qui prend naissance dans un terreau particulier, lié à la personnalité du lecteur lui-même. Tout le monde ne vas pas systématiquement s’identifier à votre héros. C’est même bien souvent la personnalité de son antagoniste qui séduit davantage. C’est souvent la raison pour laquelle les récits font intervenir des personnages secondaires. Nous reviendrons sur ce point.

La non identification

Ensuite, l’identification n’est pas employée à chaque fois. Prenez les comédies familiales, par exemple. Bien souvent, le personnage principal se débat dans des situations délicates. Ces dernières sont conçues pour qu’il (ou elle) ressente la gène la plus profonde possible. Elles sont poussées à leur paroxysme afin que l’audience se mette à rire. Si le spectateur était totalement empathique, il ne pourrait que fuir ce spectacle. Au lieu de ça, les gens rient, et ces scènes ont beaucoup de succès. Alors, elle est où l’empathie, là? Et bien, elle est toujours présente, mais elle est détournée. Le rire sert d’exutoire à la gène que ressent effectivement le spectateur. Là, l’objectif est le rire.

L’ironie complice

Autre exemple, dans lequel Alfred Hitchcock était passé maitre : l’ironie complice. Tout le monde connait le film psychose, et la terrible scène de l’assassinat de son héroïne sous la douche. Lorsque le réalisateur montre le meurtre, l’héroïne ne sait rien de ce qui va se passer. Mais le spectateur voit tout dans les moindres détails. Et l’angoisse monte dans l’anticipation de l’acte effrayant qui va suivre. Il est a noter que ce film est un chef d’œuvre de jeu avec l’identification. A l’époque, le réalisateur avait mis en avant l’actrice, célèbre lors du tournage du film. Les spectateurs se sont naturellement identifié à son parcours. Ils ont donc vécu un véritable coup de tonnerre lorsqu’elle est morte au milieu du film. Et ils n’ont pas eu d’autre choix que de s’identifier au seul autre personnage restant : le meurtrier. A l’époque, cette approche était révolutionnaire. Et le brio du maitre était de pouvoir pousser la chose jusqu’à son aboutissement.

Et vous, avez vous vu des films / lu des livres, où il vous était impossible de vous identifier au héros? Qu’avez-vous pensé de ces œuvres?

SOURCE :

Christopher Vogler : Le guide du scénariste

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